
Pierre Ceyrac, jésuite, est décédé ce mercredi 30 mai 2012 au petit matin en Inde. Il est parti rayonnant, en paix, à l’âge de 98 ans. Il a passé plus de 60 ans au service des enfants et des pauvres en Inde et au Cambodge.
“Je crois profondément que l’amour est plus fort que la mort et que nous les hommes sommes des machines à aimer la beauté. Quand nous parviendrons à aimer, nous résoudrons les problèmes de la planète.”
Pierre Ceyrac, 1914-2012
“Father india” Une vidéo du Jour du Seigneur
Le P. Pierre Ceyrac vient de mourir à 98 ans, mercredi 30 mai 2012. “Father india” comme on l’appelait a vécu jusqu’au bout auprès des enfants abandonnés et des « intouchables ». Béatrice Limare était allée le rencontrer à Madras en 2006. Son film dresse un étonnant portrait du missionnaire jésuite, voix de ceux qui n’ont plus de voix, qui vit sa foi dans l’action au service des plus pauvres.
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Le film sur le père Ceyrac, qui le suit de Madras à Maduraï au sud de l’Inde, s’ouvre et se ferme sur l’eucharistie qu’il célèbre seul ; c’est un de ses moments privilégiés d’intimité avec Dieu. Car infatigable voyageur, il sillonne inlassablement le sous-continent, train ou en voiture, participant à la création de dispensaires, de centres sociaux et d’orphelinats. Et partout où il passe, le Père est accueilli par les enfants dans la joie.
Depuis 1937, où il est arrivé en Inde sur les pas de son oncle jésuite, Pierre Ceyrac met sa foi au service de l’action. Combattant pour que « les plus petits aient le droit d’être des hommes », il a trouvé en Inde la grandeur du christianisme. Inspiré par son amour pour l’homme en qui il voit l’image de Dieu, il a été attentif aussi bien aux lépreux qu’aux enfants ou récemment aux victimes du tsunami. Méditatif, il le devient dans les temps du voyage en train où la pensée l’entraîne sur le thème de l’amour et de la beauté du monde. Un pèlerinage missionnaire et un portrait au quotidien qui force le respect et l’admiration.
Interview du Père Ceyrac
(année 2000)

Pourquoi êtes-vous parti en Inde ?
Pour des raisons toutes simples, mais assez fortes pour forger dans l’enfant que j’étais alors une décision irrévocable qui allait engager toute ma vie – décision que je n’ai jamais regrettée :
- D’abord, à la maison, le souvenir très vivant d’un oncle missionnaire, parti vers le début du siècle, jamais revenu. Pourquoi ne pas prendre la relève ?
- Plus tard, au collège, la grande figure de François-Xavier, qui me fascinait, et son incroyable aventure.
- Enfin, à l’occasion d’une licence de lettres, premiers contacts avec le sanscrit et les splendeurs de ce pays, qui, nous disait notre professeur, “avait ses racines dans la demeure des dieux !” (himelayas).
Pourquoi y êtes-vous resté ?
Nous concevions alors la vocation missionnaire comme un choix définitif, un don pour toujours, un appel à “renaître” et à “s’incarner” dans une autre culture, comme le Christ l’avait fait pour nous. On partait sans espoir, ni désir de retour. Comme Ruth la Moabite, on adoptait pour toujours une nouvelle famille: “Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu”. A vrai dire l’idée de quitter l’Inde ne m’est jamais venue à la tête. Au contraire ce sentiment d’appartenance à l’Inde n’a fait que croître à mesure que je m’enfonçais dans sa culture et m’identifiais avec son peuple…. “L’Inde, mon pays “…. Lorsque je reviens d’Europe et arrive à Madras, j’ai toujours l’impression de rentrer chez moi.
Comment votre manière d’être jésuite a-t-elle été déplacée par ce que vous avez vécu ?
Je vis depuis plus de 60 ans, sans aucun mérite de ma part, une expérience humaine et religieuse extraordinaire, aux confins de civilisations millénaires, et face à des situations humaines, que ce soit en Inde ou au Cambodge, où les forces du mal et les forces du bien ne cessent de s’affronter. Ma manière d’être jésuite s’est beaucoup simplifiée au contact de tout ce que j’ai vécu, en Inde et au Cambodge, de souffrances et d’angoisses, et d’indéniable beauté, et aussi au contact des grandes civilisations et des grandes religions de l’Asie. Elle pourrait se résumer dans la grande phrase de saint Jean de la Croix “Tout mon exercice est d’aimer”. Et cela, de deux façons qui, de plus en plus, ne font qu’une : un amour grandissant pour Jésus Christ, “celui que mon cœur aime”: un amour qui de plus en plus envahit tout; mais Jésus Christ cherché, trouvé et aimé dans les autres, surtout dans les pauvres et dans ceux qui souffrent. Et ainsi devenir de plus en plus “un homme pour les autres”. A ces deux aspects que j’aimerais appeler ma manière d’être jésuite, je voudrais ajouter : être un homme du magis, du davantage, sur les traces de Xavier: toujours plus, toujours davantage, toujours plus loin… towards further shores !

Mes racines sont dans le Ciel
Le livre autobiographique du Père Ceyrac

Depuis près de soixante-dix ans, le père Ceyrac aidait les plus démunis en Inde où, à l’instar de Mère Teresa, il est considéré comme une légende. Là-bas, il rendait leur dignité à ceux qui croyaient l’avoir perdue, les aidait à redevenir maître de leur destin, leur ouvrait un chemin de liberté et de bonheur. Jamais il ne disait ” non ” à un enfant en détresse et se dépensait sans compter auprès de plus de 40 000 orphelins. A 90 ans, le père Ceyrac était loin d’avoir terminé son combat. Il déclarait ” faire du rabiot pour apprendre à aimer “. Dans ce livre, le Père Ceyrac rend hommage à ceux qu’il a croisés sur sa route, nous lègue l’espérance qui l’habitait au crépuscule de sa vie et nous apprend à ne jamais désespérer de l’être humain. Le testament d’un homme de foi qui a passé sa vie à faire du bien sans faire de bruit.
Une vie pour les autres
L’aventure du Père Ceyrac

Cet homme a traversé le siècle et le monde. Né en 1914 dans un petit village de Corrèze, Pierre Ceyrac a 23 ans et ne connaît rien de la vie lorsqu’il quitte la France, pensant ne plus jamais y revenir, pour devenir prêtre jésuite en Inde. Son frère aîné François fut président du CNPF ; son cadet, Charles, député et président du Conseil général de Corrèze ; lui a dédié sa vie au service des pauvres…
Il est l’un des derniers grands missionnaires jésuites, héritier d’une tradition et d’une histoire commencées au XVIe siècle avec saint François Xavier. Parachuté dans un pays gouverné par les Anglais et les mahara-jahs, il a été de tous les combats en Inde : la modernisation du pays après l’indépendance, sous l’impulsion de Nehru, les conquêtes sociales de ceux qu’on appelle les intouchables, les “dalits”… Pendant des décennies, il a sillonné ce pays à moto, en voiture, en train. Il a connu toutes les grandes figures de l’Inde, Gandhi, Nehru, Mère Teresa. Il a bâti des routes, des dispensaires, des centres sociaux, des villages. Plusieurs centres d’accueil pour enfants (plus de 25 000 enfants) portent son nom, “Father Ceyrac”. Il a passé près de quinze ans dans les camps de réfugiés cambodgiens, le long de la frontière de la Thaïlande. Des bidonvilles de Madras aux salons européens, si on lui demandait ce qu’il faisait, il répond toujours : “Rien, j’aide, c’est tout.” Ou : “On ne passe jamais deux fois le chemin de la vie.” Et il repartait…
Pierre Ceyrac, Pèlerin des frontières par Pierre Ceyrac, Propos recueillis par Paul de Sinety Préface par Maurice Joyeux, s.j.

« Tout ce qui n’est pas donné est perdu » : après cinquante ans passés en Inde et dix dans les camps du Cambodge, Pierre Ceyrac, jésuite, en est plus que jamais convaincu. Voici donc soixante ans que Pierre Ceyrac se bat en Asie contre la misère. Si, en Orient, on le considère comme le nouveau Saint François-Xavier ce n’est pas seulement à cause de leur commune appartenance à la Compagnie de Jésus. Leur désir obstiné de s’immerger dans la culture d’accueil les pousse tous deux à un profond respect d’autrui, sans aucune distinction. Avec une énergie peu commune, le père Ceyrac se bat contre les injustices et pour la libération de l’homme, par-delà les frontières culturelles et religieuses. Il cherche le visage de Dieu à travers celui des plus démunis : intouchables, orphelins, victimes de la guerre et de la famine, amputés de l’amour. À tous ceux-là Pierre Ceyrac dit que tout homme est aimé de Dieu et pardonné par lui. Enfin, il croit fermement qu’un jour, après le « travail d’enfantement » dans lequel notre monde vit aujourd’hui tous seront libérés, ceux qui sont rejetés comme ceux qui les rejettent.

Un autre livre chez DDB (2000)
Pierre Ceyrac, Paul de Sinety
Tout ce qui n’est pas donné est perdu
Le flâneur de Dieu
Article paru dans le magazine Pèlerin en date du 7 octobre 2004
(Philippe Demenet)

Rien ne prédisposait ce fils de notable corrézien à devenir le «serviteur d’honneur» des plus nécessiteux. Il aborde l’Inde, alors empire britannique, par Madras, en 1937, et commence son séjour en consacrant quinze ans de sa vie à l’étude du sanscrit, la langue sacrée de l’inde. Soixante-sept ans plus tard, la région de Madras est jalonnée de « Ceyrac hospitals » (hôpitaux), de « Ceyrac children homes » (foyers). En son honneur, quelques enfants portent le nom de Ceyracuti (« Petit Ceyrac » en langue tamoul). « J’ai 30 000 à 50 000 enfants, tentait-t-il de dénombrer. Je m’occupe des intouchables (la « lie » de la société Indienne), des enfants atteints de poliomyélite. » Puis, très vite, il évoque ses dernières rencontres. Ce vieillard, à Calcutta, digne et droit devant sa boîte à cirage, malgré l’absence de clients. Ou encore cette veuve, une institutrice, qui s’est ruinée pour payer les médicaments, les transfusions et finalement le petit cercueil de sa fille.
« Je suis souvent bouleversé par une colère »
En évoquant cette histoire, Pierre Ceyrac fond en larmes. « On dit qu’en Inde, il y a 300 millions de pauvres. Mais on confond tout ! La pauvreté peut être très grande, très belle. C’est la misère qui est à craindre, parce qu’elle enlève toute dignité. » Ce que combat le P. Ceyrac, c’est bien sûr la misère. Mais il le fait à sa manière, en se « promenant », au gré de rencontres étonnantes qui peuplent sa mémoire. Chaque fois, il se dit « plus jamais ça », met la main à la poche et se lance dans un nouveau projet, pour lequel il n’a pas le premier sou. « Je suis souvent bouleversé par une colère », admet-il.
Pitiot Brigitte dit :
Ce grand homme a bouleversé ma vie : au cours de ces dix dernières années où je l’ai rencontré de nombreuses fois, nous avons partagé des moments aussi intenses qu’intimes.
Je suis bouleversée et partage cette émotion avec des amis du monde entier, avec ses pauvres et tous ses enfants.
J’ai fait une centaine de conférences sur lui, en France, et entre autres au Pavillon des missions à Lourdes. Toujours il m’encourageait à parler davantage sur les enfants que sur lui …
Je continue de témoigner de cette rencontre et reprends sans cesse cette phrase : “on est des êtres pour les autres”.
mon témoignage est toujours prêt : il devient vital pour moi … ceuxqui meconnaissent le savent !
l’année dernière, alors que j’avais osé – non sans hésitation – lui demander si il pensait à sa mort, il avait eu cette réponse qui continue de m’émouvoir : “non, Jésus s’en débrouillera !”nos ferventes prières le rejoignent !






Très sympa tout ça. J’aime bien votre blog. Je passe de temps en temps et je ne me lasse pas.
Merci Martin.